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Clap de fin pour une Transat Jacques Vabre 2021 semée d’embûches

Avec Julien Pulvé à ses côtés, Ian Lipinski n’aura pas réussi à défendre son titre de vainqueur de la Transat Jacques Vabre en Class40 comme il l’espérait. Entre des conditions météo locales défavorables en début de course, et la rencontre malencontreuse avec un ofni au moment où le Class40 revenait dans la course au podium, le Class40 Crédit Mutuel aura joué de malchance d’un bout à l’autre de cette édition, qu’il termine en 14e position aux premières heures de ce mardi 30 novembre. 

Partie le 7 novembre, la flotte engagée dans la 15e Transat Jacques Vabre (79 bateaux dont 45 Class40) avait belle allure au départ du Havre. Un clapot de moins de deux mètres et une petite vingtaine de nœuds de vent ont offert un départ sublime et engagé… Mais tous les marins savaient déjà que cela ne durerait pas. Devant eux en effet se dressait un mur météo. Un muret, plus exactement, peu habituel en cette période de l’année, mais bien difficile à franchir : le tout petit temps. 

Dans l’obscurité du premier soir, entre les cailloux, Ian Lipinski et Julien Pulvé manœuvrent à merveille et se hissent dans les premières positions, jusqu’à l’entrée du raz de Sein, où ils pointent à la 2e place. Le vent a déserté, Ian et Julien sont même contraints de jeter l’ancre pour ne pas dériver dans la mauvaise position. La suite, le skipper de Crédit Mutuel la raconte : « La météo annonçait que le vent allait rentrer par le nord-est, alors on s’est rapproché de la source du vent, mais on n’a pas bougé. Un bateau qui était devant nous de un mille et demi, et tous les bateaux qui étaient restés au milieu sont repartis… mais pas nous. On l’a vécu comme une grosse défaite, et surtout, on ne savait plus quoi faire : en un rien de temps, la flotte nous avait mis 60 milles ».  

Condamnés à courir après la flotte, les deux navigateurs s’enhardissent à tenter un coup météo, puis renoncent pour mettre le cap sur le cap Finisterre, les côtes espagnoles et portugaises, un schéma classique des transatlantiques de l’automne. Pas à pas, le tandem grignotera de son retard, doublant méthodiquement une bonne partie des bateaux qui les avaient semés en Bretagne. Il en sera de même le long du Maroc, après que le Class40 Crédit Mutuel aura été bloqué sous les îles Canaries par un second coup de frein là où, généralement, le flux reste stable habituellement. En longeant le Maroc et la Mauritanie, Ian et Julien trouvent alors des raisons d’espérer à tout le moins un résultat positif : le bateau va vite, glisse bien et les deux marins renouent avec le sens du combat pour lequel ils s’étaient programmés. Le tronçon suivant, qui les fait passer par le sud du Cap-Vert pour une remontée vers le nord, leur permet de recoller aux premières positions de la flotte, à grands coups d’empannages. 

Mais dans la soirée du mardi 23 novembre, lancé à la poursuite des leaders, le Class40 heurte un ofni. Dans le choc, le carénage de l’aileron de quille explose, démultipliant la surface immergée. Le bateau, fort heureusement, ne semble pas souffrir de dégâts structurels, mais la déformation du voile de quille engendre une résistance forte au passage à la mer, et le Class40 Crédit Mutuel perd de son potentiel de vitesse. Suffisamment pour que Ian Lipinski et Julien Pulvé se résolvent à oublier leurs espérances de victoire ou de podium. Un vrai coup dur pour le skipper.


14e d’une Transat finalement parmi les plus lentes qu’aient connue les deux marins, la saison 2021 s’achève un peu tristement. Le bateau sera convoyé par la mer dans les prochains jours, direction Lorient, où le team se mettra rapidement à l’œuvre pour préparer au mieux l’année 2022, qui sera ponctuée par la Route du Rhum. L’occasion d’une revanche pour Ian Lipinski.


Les données de course

Ce lundi 29 novembre, à 19 heures 7 minutes et 58 secondes en Martinique (mardi 30 novembre, à 0 heure 7 minutes et 58 secondes, heure métropolitaine), Crédit Mutuel a franchi la ligne d’arrivée de la 15e édition de la Transat Jacques Vabre en quatorzième position de la catégorie Class40.

Le duo Ian Lipinski – Julien Pulvé aura mis 22 jours 10 heures 40 minutes et 58 secondes pour parcourir les 4 600 milles théoriques depuis Le Havre à la vitesse moyenne de 8,50 nœuds, mais il a réellement parcouru 5518,02 milles à 10,24 nœuds.

ILS ONT DIT 

Ian Lipinski : « On est content d’être arrivé, parce qu’on a galéré. Cette transat a été ultra dure avec nous. Dès le début de course, on se fait coincer à Penmarch. On met beaucoup d’énergie pour revenir dans le jeu. On manque à nouveau de réussite à plusieurs moments. On fait un bon coup le long du Maroc et de la Mauritanie ; on décroche les bateaux qui nous suivent mais, alors qu’on pense qu’on va mettre 100 milles à ceux qui sont allés dans le nord, on les voit croiser devant. Sur ce coup-là, on était dégoûté. Et puis on se remet à cravacher, à jouer une place dans le top 5, ou pas loin, et il y a la collision. Avec le frein à main, on a regardé les bateaux passer, à 1200 milles de l’arrivée. Il va falloir apprendre à digérer tout ça, et ce n’est pas simple de rester positif à bord. On sait très bien que c’est un jeu, la course au large, et qu’on a la chance d’y jouer, mais tant que tu es dans le bateau, c’est dur de relativiser. On avait beau essayer de se dire que c’est bien d’être en mer, la vérité est qu’on est focalisé sur la performance sportive et que, forcément, on ressasse des idées noires. On n’a pas vécu la Transat dont on rêvait ».



Julien Pulvé : « On n’est pas fâché d’être à terre ! Ça a été un nouvel exercice pour Ian et moi que d’accepter une avarie. La course a pris des tournures qui n’ont pas été en notre faveur, mais on a su rester soudés ces deux-trois derniers jours notamment, quand la notion de compétition a fini par disparaître : nous n’avions plus pour mission que de ramener le bateau en visant le moins mauvais classement possible. Le tandem a bien fonctionné, on a su se supporter alors qu’on était frustré par la compétition. Il fallait prendre sur soi pour garder un demi-sourire. On aura vécu un moment qui ramène à l’humilité, on a aussi vécu de bons moments maritimes et on a surmonté le sort avec mon binôme ».