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Retour Actualité | Juil. 2020

Ian Lipinski : « J’ai bien apprivoisé mon bateau »

Nouveau recordman du tour des îles Britanniques en Class40, Ian Lipinski est arrivé à Cherbourg, ce vendredi après-midi. Le skipper de Crédit Mutuel prend le temps de raconter son épopée.

– Ian, qu’est-ce qui rend ce record aussi beau et aussi dur à conquérir ? 
« Clairement, c’est le parcours qui m’intéressait au départ. Sur le papier, il se présentait exigeant et engagé. On sait que, quand on s’engage dans ces zones, ça peut être très compliqué sur le plan météo. Psychologiquement, c’est quelque chose de s’y attaquer. Ce qui le rend beau, ce record, c’est que la route est engagée et complexe, avec des contraintes différentes tous les jours. Ce n’est pas une traversée de l’Atlantique : il y a la côte, le trafic, les cailloux, et le fait d’être au nord, ce qui nous met dans le passage des dépressions. Et puis, c’est assez long ».

– Tu y as cru de bout en bout ? Comment tu as géré toutes les phases de cette tentative ? 
« Il y a eu des hauts et des bas, des moments où on sentait que c’était bien parti, au début, et le gros coup dur lorsque j’ai été arrêté dans la molle au large de l’Ecosse. La météo est redevenue favorable et, le jour qui a précédé l’arrivée, j’ai eu un coup de stress avec un fichier météo qui m’annonçait de la pétole. Le fichier n’était pas juste, j’ai eu du vent jusqu’à la ligne. J’ai été rapide sur la fin, pendant une quinzaine d’heures, mais ça n’a pas été le cas tout le temps : je ne fais pas 10 nœuds de moyenne sur l’ensemble du record ».

Le mardi de course a été particulièrement complexe…
« J’ai eu un problème de capteur de vent, d’aérien, qui faisait que le pilote fonctionnait en mode dégradé. L’équipe de Madintec a trouvé une solution que je n’aurais pas pu imaginer, ce qui m’a permis de retrouver un pilote à 100% d’exploitation. J’ai eu un pilote incroyable : je n’ai quasiment jamais barré.J’ai aussi eu un problème d’énergie, pour lequel on a fini par trouver une solution temporaire. Et tout ça le même jour que la grande pétole au large de l’Ecosse et l’Irlande… »

– Tu as nourri une relation particulière avec le bateau ?
« Je l’ai bien apprivoisé ! Cela m’a décomplexé de naviguer sur un 40-pieds. C’est un bateau plus dur physiquement qu’un Mini, mais ça a plein d’autres avantages. C’est plus gros et ça passe bien dans trente nœuds de vent au près ».

C’était la première fois que tu naviguais en solitaire avec un routeur. Tu as apprécié l’exercice ?
« La relation à distance avec Christian Dumard a été géniale. J’ai adoré la communication permanente avec lui, à parler de la météo et à saisir sa manière de m’aider dans les prises de décision. J’ai beaucoup aimé cette collaboration, moi en mer, lui à terre. Christian a été très bon. Il est très calme, il a une connaissance de l’exercice du record. Même quand c’était dur sur le plan mental, il avait les mots pour me remobiliser. Il a une analyse de marin : il sait ce qu’est être en solitaire sur un bateau ».

– Peux-tu raconter la route et ce que tu as aimé ? 
« Le passage au nord des Shetland, c’était magique, malgré la nuit, le vent et les nuages. La mer était démontée, il y avait du vent, et tu passes ras les cailloux dans un endroit mystérieux. Il y a eu le passage de l’île Saint-Kilda, de nuit également, tout aussi prenant. Et puis, il y a eu un bord après les Shetland sur lequel le bateau fonçait à « Mach12 ». J’étais enfermé à l’intérieur, assis sur mon pouf, à espérer qu’à chaque vague cela ne finisse pas par une sortie de route. Un vague passait, avec son lot de stress, puis une autre, et encore une autre… Je me disais qu’il fallait peut-être ralentir, mais en même temps, vu que j’étais là, autant passer vite. Ça a duré des heures, ce suspense, rehaussé à chaque vague… Finalement, c’était grisant ! »


– Quel sentiment domine, à l’issue de ce record ? 
« Je suis content, serein. Le travail est fait et bien fait. J’ai bien appris, je me suis constitué un super bagage pour la suite, avec une to do list pour progresser encore. J’ai acquis l’expérience que j’étais venu chercher, et j’ai un meilleur regard sur la route qui mène à la Route du Rhum. Mission accomplie ! »

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